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Analyser et transformer l’action
Tout phénomène social résulte de la combinaison d’actions, de croyances ou d’attitudes individuelles. L’analyse consiste à comprendre le pourquoi des actions, des croyances ou des attitudes individuelles responsables du phénomène qu’on cherche à expliquer. Comprendre les actions, croyances et attitudes de l’acteur individuel, c’est en reconstruire le sens qu’elles ont pour lui. L’acteur adhère à une croyance ou entreprend une action parce qu’elle fait sens pour lui, en d’autres termes, la cause principale des actions, croyances, etc. du sujet réside dans le sens qu’il leur donne, plus précisément dans les raisons qu’il a de les adopter.
Pour comprendre une action il faut cerner les intentions et plus généralement les motivations des acteurs. Les moyens dont l’acteur dispose ou croit disposer ainsi que l’évaluation établie par l’acteur de ces différents moyens déterminent le champ des possibles résultant de la situation d’interaction dans laquelle il est plongé. L’action n’est donc pas réductible aux effet d’un conditionnement.
Les modes de raisonnement de l’analyse systémique
L’approche systémique n’est ni une théorie, ni une doctrine, mais un outil qui s’avère fort commode pour rendre compte des actions, interactions et rétroactions entre les acteurs qui jouent le jeu d’une politique et ainsi pour comprendre comment la situation au temps t0 se transforme pour produire la situation observée au temps t1 : le système est à l’équilibre en t0, l’action publique impulsée par des acteurs modifie l’équilibre des forces et conduit à une nouvelle configuration. Cet outil d’analyse s’appuie sur une série d’hypothèses :
- Dans le domaine de l’action publique, les autorités politiques sont les acteurs centraux. D’autres joueurs actifs agissent en interdépendance avec lui. Ces relations structurent le système.
- Un système n’est pas statique. La résultante d’un système d’action n’est pas la simple addition des actions individuelles. Elle fait passer le système d’un état d’équilibre A à une nouvelle configuration des acteurs et des forces B. Le système d’acteurs est mobile : le "tour de table" des acteurs n’est pas nécessairement le même en A et en B, certains acteurs peuvent entrer dans le système et d’autres en sortir, momentanément ou définitivement.
- Les comportements des acteurs ne sont pas une traduction mécanique de discours, de paroles, d’opinions. Les modes de fonctionnement quotidiens déterminent la manière dont les choix dits fondamentaux sont opérés (ou ne le sont pas).
- Les comportements ne sont pas totalement déterminés à l’avance ou programmables, chaque acteur est doué de rationalité et d’autonomie : il conserve une certaine marge de manœuvre dans ses possibilités de répondre à une situation donnée. Pour autant, il ne fait pas n’importe quoi, n’importe comment, son comportement résulte d’arbitrages qui se traduisent par des calculs avantages/inconvénients et le souci éventuel de suivre des règles ou des principes. Les comportements sont des révélateurs des objectifs, des normes et des valeurs de ces acteurs.
- Chaque acteur dispose de ressources qu’il cherche à utiliser de façon à optimiser sa position dans le système. Pour ce faire, il se fixe des objectifs et développe une stratégie en anticipant sur ce que les autres acteurs sont à même de faire. Ces stratégies reposent sur des mécanismes étudiés, entre autres, dans la théorie des jeux, elles sont en général guidées par le principe de la rationalité limitée.
Références
Boudon (Raymond), Bourricaud (François), Dictionnaire critique de la sociologie, Paris, PUF, 1982.
Watzlawick (P.) et al., Une logique de la communication, Paris, Le Seuil, 1967.
Crozier (Michel), Friedberg (Erhard), L’acteur et le système, Paris, Seuil, 1977.
Friedberg (Erhard), Le pouvoir et la règle, Paris, Seuil, 1993.
Muller (Pierre), Surel (Yves), L’analyse des politiques publiques, Paris, Montchrestien, 1998.
Padioleau (Jean-G.), "L’action publique post-moderne : le gouvernement politique des risques", Revue Politique et Management Public, vol. 17, n° 4, décembre 1999.
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