Des pièges dans les questionnaires
Le questionnaire est un support qui permet de recueillir l’information recherchée, de la noter matériellement sur le papier ou dans l’ordinateur. Il est donc nécessaire de préparer ce document en apportant un soin particulier à son contenu bien sûr, mais aussi à sa formulation et à sa présentation.
Il est clair que la rédaction du questionnaire est une tâche difficile car il n’y a pas de recette toute faite pour établir un "bon" questionnaire. En réalité, au delà des questionnaires d’amateurs, il n’y a pas de bons et de mauvais questionnaires, il y en a seulement de meilleurs que d’autres : ceux qui apportent des réponses fiables et utilisables, qui permettent de cerner les problèmes soulevés par l’étude, qui évitent au maximum les biais de terrain et les biais de saisie, qui ne produisent pas d’équivoque quant au sens des réponses faites par les interviewés.
S’il n’y a pas de règles strictes permettant de rédiger à coup sûr un bon questionnaire, on peut cependant surmonter certains écueils :
- Utiliser des mots de tous les jours. Eviter un langage trop académique ou un jargon professionnel. Eviter les termes ambigus, qui peuvent prêter à confusion ou avoir un sens différent, ne serait-ce qu’un peu, selon les personnes.
- "Pensez-vous que le télépaiement par micro sera un mode de règlement important dans la prochaine décennie ?"
- "Etes vous favorable à l’éclectisme ? Rép. L’éclectisme j’en ai fait quand j’étais jeune, du saut en longueur, ..." (Les Inconnus)
- Eviter les formulations trop connotées qui suscitent des jugements de valeur. Utiliser des mots, des expressions neutres.
- Formuler des questions courtes. Eviter les questions trop longues qui seront mal comprises et partiellement mémorisées.
- Ne jamais poser de question double ou ambivalente. Traiter une seule idée par question.
- Vos agents vous adressent-ils facilement et souvent des demandes de formation ? rép. Oui / Non
- Faire attention à ne pas induire la réponse. Une formulation trop restrictive ou orientée peut induire la réponse, c’est à dire influencer le répondant vers une modalité particulière. Il est important d’énoncer l’ensemble des modalités de réponse dans la formulation de la question : ex. "Etes-vous pour ou contre la peine de mort ? " et non "Etes-vous pour la peine de mort ?" qui induirait une approbation tacite, implicite de cette sanction.
- Eviter de faire appel à une mémoire ancienne. En effet, même si le répondant est sincère, la restitution des événements ou des perceptions passés donnera lieu à des distorsions, d’autant plus s’il s’agit de sentiments. Cette distorsion est d’autant plus forte que les souvenirs sont plus anciens.
- Ne pas poser de question "bateau" dont on connaît a priori la réponse
- Préférez-vous être riche et en bonne santé ou pauvre et malade ?
- Utiliser un mode de questionnement "positif", se méfier des doubles négations :
- Pensez-vous que si vous n’aviez pas pris votre parapluie, il n’aurait pas fait beau ? rép. Oui / Non
- Distinguer les questions portant sur des faits objectifs de celles portant sur des opinions ou des perceptions.
- Lisez-vous beaucoup ? (perception)
- Combien de livres avez-vous lu ces deux derniers mois ? (fait objectif)
- La lecture est-elle, selon vous, un atout plutôt important ou plutôt secondaire dans la vie en société ? (opinion).
- Etre attentif aux mécanismes de défense que tout un chacun développe et au mode de réaction (réponse aux questions) qu’ils entraînent : crainte d’être mal jugé (réponses "convenues"), crainte de voir la réponse utilisée contre soi (réponse évasive, NSP), crainte de prendre position, de s’engager (réponse médiane, réponse Oui systématisée, attitude de soumission), ...
- Les questions directes sur des thèmes importants pour le répondant peuvent produire des réponses "convenues", autocensurées, conformes à une norme sociale. "Le PDG de votre entreprise vous semble-t-il être un bon manager ?" "Vous brossez-vous les dents matin, midi et soir ? " Un ensemble de questions indirectes, voire projectives permettraient de cerner le problème avec plus d’efficacité.
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